Attention : avant de lire ce post, il est fortement recommandé de lire celui d’Atomik Croupier (« Le retour des cocktails »). Eh oui, plutôt que d’écrire à quatre mains, ce qui n’est pas forcément la garantie d’un résultat élégant et très lisible, plutôt compléter par un autre post.
Dans son post sur l’incendie du squat Rom de la rue des Pyrénées le 24 octobre dernier, qui a fait un mort, Atomik fait une allusion au discours de Grenoble qu’avait prononcé notre Président, en juillet dernier.
Et bien justement, arrêtons nous deux minutes, revenons en arrière, et rappelons nous ce fameux discours. C’était le 30 juillet 2010, après que deux faits divers eussent troublé la douce torpeur de l’été. Des faits divers qui avaient fait deux morts, côté « méchants » (un jeune des cités grenobloises abattu par la police après le braquage d’un casino, et un jeune Gitan tué lors d’un passage en force à barrage de gendarmerie). Mais c’est surtout l’échange de tir à l’arme lourde entre bandits et policiers dans l’affaire de Grenoble, et le saccage vengeur du centre ville d’un paisible bourg du Loir-et-Cher (Saint Aignan) qui avait suivi la mort du jeune Gitan, qui avaient monopolisé l’attention.
Quelques jours après ces faits tragiques donc (alors que l’affaire Woerth – Bettancourt battait son plein), on avait droit à un discours fleuve du Président de la République sur la sécurité, discours qui allait incarner le tournant autoritaire, sécuritaire et xénophobe du gouvernement.
Après avoir pour la 148e fois déclaré la « guerre » à la criminalité, Nicolas Sarkozy, entouré de sa clique sécuritaire d’alors (MAM comme Garde des Sceaux, Hortefeux comme Ministre de l’Intérieur, le préfet de région, etc.), énumérait, 33 minutes durant, les mesures qu’il entendait prendre afin de lutter contre la délinquance et l’insécurité. Rappelez vous de ce magnifique festival de surenchère : renforcement de la video-surveillance, caméras embarquées dans les véhicules de police et de gendarmerie, mise en place d’une police d’agglomération, succrage des allocs pour les parents de mineurs délinquants, bracelets électroniques, peines plancher, etc. Notre président s’était également mêlé de Justice, en annonçant son souhait de voir l’instauration de peine de prison incompressible de 30 ans pour les assassins de policier. Puis il avait parlé d’immigration, de l’échec de l’intégration. Dans la foulée il avait annoncé vouloir rendre possible la déchéance de nationalité française pour les personnes portant atteinte à la vie d’un policier ou d’un gendarme (oui, c’était là que vous vous étiez étranglé!).
Puis il avait parlé des Roms. Extraits :
« Et c’est dans cet esprit d’ailleurs que j’ai demandé au ministre de l’Intérieur de mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms. Ce sont des zones de non-droit qu’on ne peut pas tolérer en France. Il ne s’agit pas de stigmatiser les Roms, en aucun cas. »
« Les Roms qui viendraient en France pour s’installer sur des emplacements légaux sont les bienvenus. Mais en tant que chef de l’Etat, puis-je accepter qu’il y ait 539 campements illégaux en 2010 en France ? Qui peut l’accepter ? »
« Nous allons procéder d’ici fin septembre au démantèlement de l’ensemble des camps qui font l’objet d’une décision de justice. Là où cette décision de justice n’a pas encore été prise, nous engagerons des démarches pour qu’elle intervienne le plus rapidement possible. Dans les trois mois, la moitié de ces implantations sauvages auront disparu du territoire français.«
« Parallèlement, je souhaite que nous engagions une importante réforme pour améliorer la lutte contre l’immigration irrégulière. Chaque année, une dizaine de milliers de migrants en situation irrégulière, dont des Roms, repartent volontairement avec une aide de l’Etat. Et l’année suivante, après avoir quitté le territoire avec une aide de l’Etat, ils reviennent en toute illégalité pour demander une autre aide de l’Etat pour repartir. Cela s’appelle « un abus du droit à la libre circulation »
Bon, vous l’aurez compris, il s’agissait ni plus ni moins de pointer du droit une communauté, lui faire porter le chapeau de la délinquance et de l’insécurité, vieille recette populiste qui a toujours fait ses preuves. Recette d’autant plus efficace que les Roms sont des cibles faciles, victimes d’un racisme bizarrement bien toléré sous presque toutes les latitudes de la société française (ça ne choque pas grande monde de dire qu’on n’aime pas les Roms).
Alors, quand un Président de la République, au lieu de rassembler, profère des discours de division, de stigmatisation, d’exclusion, quand dans le même temps il convoque une réunion sur « les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms », quand son ministre de l’Intérieur s’empresse de ressortir tous les clichés du genre (fraudeurs du fisc, grosses cylindrées, etc.), et bien il est peut être tristement logique qu’un an après, certains individus partent incendier un campement de Roms à coup de cocktail Molotov.
Logique également que le silence du Gouvernement, à propos de ce drame, ce crime, soit aussi assourdissant.